Publié 27 janv. 2026
Écrit par MARION LE DORTZ
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Un mausolée de marbre blanc ? Oui, mais pas le Taj Mahal. Une ville sacrée le long de l’eau ? Certes, mais pas Varanasi. Le tigre ? Bien sûr, mais pas à Ranthambore. Pour ce premier voyage en Inde, nous appliquons la politique Voyageurs du Monde : celle du pas de côté. Cela tombe bien : secret d’initiés, l’État du Madhya Pradesh est un joli concentré de ce qui aimante ailleurs dans le pays.
Fraîchement débarqués à la capitale, nous gagnons la New Delhi Railway Station. C’est ma première fois en Inde. Toutefois, pour une raison que je n’explique pas, les gares ici me sont familières – leurs wagons encombrés qui circulent les portes ouvertes avant de déverser sur le quai une foule de corps bruns enveloppés de saris. Pas question de lambiner : une femme tirée à quatre épingles nous escorte énergiquement vers le train tandis qu’un homme en tunique rouge s’est saisi de ma valise pour la hisser sur sa tête – l’occasion de constater qu’ici les porteurs représentent toute une économie à laquelle il est inutile de résister. Installés sur nos sièges numérotés, le trajet vers Agra est agréable. À travers la fenêtre se jouent les premières scènes de vie locales. Nombre d’entre elles impliquent des enfants jouant au cricket – le sport national devrais-je bientôt découvrir.
Il y a quelque chose d’un peu insolent à ne s’arrêter à Agra que pour une nuit d’étape. À notre arrivée en gare, le soleil descend sur l’horizon et le Taj Mahal a déjà fermé ses portes. Seuls quelques visiteurs déjà admis patrouillent encore le site. Nous les observons de loin, depuis l’un de ces viewpoints qui tirent une fortune de leur position. Le Taj, ce ne sera pas pour cette fois – sans amertume aucune, le prétexte pour revenir étant trop beau. Le lendemain, retour à la railway station. Sur le quai, des panneaux lumineux indiquent à intervalles réguliers les emplacements de chaque voiture. Malgré ces précautions, je manque presque l’arrivée de la locomotive, attendrie par le tableau qu’offre une famille de macaques ayant élu domicile près des voies. Dans le wagon, les paysages se succèdent, à l’image des plateaux repas. Indienne depuis la veille, j’en suis déjà à mon quatrième masala chaï.

@ Matthieu Paley
Débarquement à Bhopal, capitale du Madhya Pradesh – l’objectif du voyage. Duo de lacs et sensibilité accrue à la question environnementale (toute mesure gardée) : cette cité moderne respire – et nous avec. Bhopal a pourtant longtemps retenu son souffle, tristement célèbre pour avoir été le théâtre de la plus grande catastrophe industrielle de l’histoire en décembre 1984. Cet épisode douloureux, relativement récent à l’échelle du monde, suscite des sentiments complexes chez les locaux dont nos guides font partie : tristesse résignée pour les proches défunts (ils seront des centaines de milliers à perdre la vie), colère sourde pour une justice qui n’a jamais été rendue, détermination à dépasser ce statut de victime et se réinventer.
Dès lors qu’il n’est pas question de cette tragédie, Bhopal, heureuse de l’attention, se montre plutôt bavarde. Interrogez-la sur les Begums de Bhopal et voyez par vous-même. Le règne de ces quatre générations de femmes a énormément profité à la ville. Shah Jahan Begum (1838-1901), en particulier, a multiplié les réformes et initié maintes constructions, de la mise en place d’un lac artificiel à l’édification de l’une des plus grandes mosquées du pays, Taj-ul-Masajid. La dynastie a également contribué financièrement à la rénovation du site de Sanchi, à une quarantaine de kilomètres. Distingués par l’Unesco, les temples et stupa érigés sur la colline forment l’un des plus anciens sanctuaires bouddhiques au monde et la finesse de ses fresques sculptées (sur les portes notamment) commandent de passer un temps significatif sur place. Bhopal, cité pensée par les femmes ? Nous signons immédiatement.

@ Marion Le Dortz
Route pour le parc national de Satpura. À l’arrivée au lodge, nous sommes accueillis par un sighting board bien fourni. Sur le tableau, les résidents ont noté à la craie leurs rencontres du jour : ours lippu, écureuil géant, une tigresse et ses trois petits. Une bande de singes langur rebondit sans effort sur le toit du lounge où l’atmosphère rappelle quelque chose des safaris africains. L’illusion s’estompe à l’apparition du serveur : « Masala chaï ? »
Le lendemain, la nuit enveloppe encore les cottages quand le réveil sonne. L’esprit ensommeillé, une bouillotte sur les jambes, la Jeep nous emporte vers le parc. La végétation s’intensifie au fur et à mesure de la progression vers la core zone. Tapissées de bois, les collines fournissent un refuge idéal à un tigre à la fourrure zébrée – la nature fait bien les choses. Chauffeur et guide naturaliste filent tous azimuts vers les tréfonds du parc : la veille, un spécimen a attrapé une proie qui le tiendra plusieurs jours près de la route. À l’arrivée, aucun signe du félin, ce qui ne veut pas dire qu’il n’est pas là. « Tu n’as peut-être pas vu le tigre mais le tigre t’a vu » rappelle le mantra local. Moteur coupé, nous attendons – que les oiseaux se taisent, que les singes crient, que la forêt nous parle. L’attente est teintée d’excitation. Les autres ont-ils vus le tigre ? Les talkies walkies et portables sont bannis : au jeu du pistage, ce serait tricher. Pour échanger, retour aux méthodes ancestrales. Malgré la barrière de la langue, une négation nette de la tête chez les rares que nous croisons (une quinzaine de véhicules seulement sont autorisés) nous apprend ce que nous avons besoin de savoir. Ce matin, le tigre a dû s’assoupir quelque part. Les autres retenteront leur chance l’après-midi et le lendemain. Pour nous, il est déjà l’heure de repartir.

@ Taolmor/Fotolia
Membre des sept fleuves sacrés, la Narmada innerve le centre de l’Inde. Maheshwar est bâtie sur ses rives avec, en première ligne, les ghâts puis les temples. À l’arrivée à l’hôtel, nous inclinons la tête pour recevoir un collier de fleurs odorantes. Un autre rituel, celui du thé, est ici bien ancré et il n’est pas question d’y déroger pour lézarder dans les chambres réparties dans ce fort historique. Dehors, la golden hour est propice aux explorations. Emplissant les rues, les pèlerins sont immanquables, vêtus de blancs et armés de bâtons. Comme nous, ils se dirigent vers les ghâts. Sur le chemin, l’atelier de tissage résonne du cliquetis des machines. Les saris qui s’en échappent vibrent déjà de couleurs. À quelques pas se dresse l’école où sont scolarisés les enfants des ouvrières. Plus tôt, dans la cour, ils s’adonnaient à quelques exercices de yoga.
Reprise de la course avec le soleil. Si les temples sont impressionnants, la lumière caressant la pierre et les visages des croyants ajoute encore au spectacle. Sur le quai, une embarcation nous attend. Le long de l’eau, certains fidèles s’immergent bruyamment, d’autres sont occupés à déposer délicatement une bougie sur l’eau. L’atmosphère est chargée d’émotions, le moment suspendu. Au retour, les jardins de l’hôtel prolongent le rêve à l’aide d’une centaine de bougies. À table, autour de mon premier thali, il est question du programme du lendemain : rejoindre en day-trip la cité fortifiée de Mândû, ex-capitale régionale blottie dans les monts Vindhya. Prisée des empereurs moghols, piquée de mosquées et de bâolis, elle renferme la tombe de marbre blanc de Hoshang Shâh qui aurait inspiré le Taj Mahal. De retour à Maheshwar, il faut se rendre à l’évidence : la petite sœur de Varanasi nous aura converti sans effort.

@ Marion Le Dortz
Notre vol redécollant de Mumbai, nous glissons inévitablement du Madhya Pradesh vers l’État voisin du Maharashtra. Sur la route d’Aurangabad se dressent les Ajanta Caves, signalées par l’Unesco. Entailles dans la falaise, les vingt-neuf grottes s’étirent dans une dépression suggérée par la rivière, en forme de fer à cheval. À l’intérieur, des moines aussi talentueux que fervents ont représenté, du Ier siècle avant J.-C. au VIIIe siècle, la vie de Bouddha. Progressant dans la pénombre, nous devinons parmi les fresques ici un trône, là un éléphant blanc – autant d’éléments clefs de la vie du chef spirituel. Aux portes d’Aurangabad, les Ellora Caves content une autre histoire, plus récente. Excavées entre le Ve et le XIIe siècle, elles célèbrent le bouddhisme mais aussi le brahmanisme et le jaïnisme, illustrant la tolérance religieuse de l’époque. Sur la centaine d’éléments, trente-quatre seulement sont accessibles au public dont le temple du Kailasa, merveille monolithique qui capte tous les regards.
Après cette parenthèse spirituelle, passer la nuit dans les méandres d’une ville agitée relève presque de l’hérésie. Les valises sont donc posées dans une petite ferme voisine d’Ellorâ. Cette dernière étant desservie par une piste cahoteuse, il faut abandonner notre véhicule pour emprunter une Jeep. Sur place, une succession de champs et de vergers occupent l’espace. Lentilles, épinards, citrons – nous aurons de quoi dîner ce soir. À la nuit tombée, la table a été dressée sous un arbre enrobé de lumières. Délaisser cette retraite intimiste requiert toute notre volonté. Heureusement, à l’arrivée à Aurangabad, c’est la silhouette de Bibi Ka Maqbara qui nous accueille. Mausolée étincelant au cœur d’un jardin moghol, le « mini Taj » fait amplement l’affaire… pour l’heure – car il est déjà question de prochaines fois.
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@ Marion Le Dortz
Photo de couverture : @ Marion Le Dortz
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