Orient Express, un patrimoine réinventé - Le Mag Voyageurs du Monde

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Orient Express, un patrimoine réinventé

Publié 2 juil. 2026

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Près de cinquante ans après son dernier voyage, l’Orient-Express renaît sous l’impulsion du groupe hôtelier Accor. En plus de son train historique, la marque éponyme déploie un univers qui s’étend désormais aux hôtels et à la mer, avec une même ambition : faire du voyage un art de vivre, patrimonial, guidé par la volonté de redonner toute sa place à la notion de voyage au long-cours.

Il existe peu de noms capables, à eux seuls, de convoquer un imaginaire universel. L’Orient-Express appartient à cette catégorie. Plus qu’un train, il incarne depuis près de cent cinquante ans une certaine idée du voyage, où le trajet compte autant que la destination. En 2027, cette légende retrouvera les rails : dix-sept voitures d’origine des années 1920 et 1930, entièrement restaurées sous la direction artistique de Maxime D’Angeac, reprendront du service sur de grands itinéraires européens. Un retour très attendu, qui marque l’aboutissement d’un vaste chantier, engagé depuis près d’une décennie, et la renaissance de l’un des patrimoines ferroviaires les plus emblématiques au monde.

@La Dolce Vita Orient Express-Accor 

Le “roi des trains” 

Le premier voyage officiel de l’Orient-Express a lieu le 4 octobre 1883. Au départ de Paris et à destination de Constantinople, l’actuelle Istanbul, l’aller-retour durera sept jours. Une véritable révolution à l’époque. Imaginé par l’entrepreneur et ingénieur belge Georges Nagelmackers, qui s’est inspiré des sleeping-cars américains, le train relie Strasbourg, Munich, Vienne et Budapest avant de rejoindre les portes de l’Orient. L’ambition est nouvelle – permettre de traverser l’Europe dans un même train, avec le confort d’un grand paquebot – et le succès immédiat. L’Orient-Express devient rapidement un trait d’union entre l’Est et l’Ouest, et accompagne l’émergence d’une Europe ouverte au voyage.  
 
Après l’interruption provoquée par la Première Guerre mondiale, l’Orient-Express connaît son apogée dans les années 1920 et 1930. Ses voitures vertes, ornées par le maître verrier René Lalique et le décorateur René Prou, incarnent le meilleur des arts décoratifs français. Verre gravé, marqueterie, boiseries et tissus précieux composent un ensemble devenu mythique, immortalisé plus tard par la reine britannique du roman policier, Agatha Christie.

@Orient Express-Accor 

2015, une première renaissance

La Seconde Guerre mondiale, puis l’essor du transport aérien entraînent progressivement le déclin de l’Orient-Express, qui opère son dernier voyage en 1977, avant que les voitures ne soient dispersées à travers l’Europe. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Elle reprend pourtant plusieurs décennies plus tard, en 2015, quand treize d’entre elles sont retrouvées à la frontière biélorusse. Elles sont confiées aux ateliers ACC M de Clermont-Ferrand, parmi les rares en Europe à pouvoir conduire une telle restauration. Pendant quatre ans, ingénieurs et artisans d’art travaillent de concert pour redonner vie aux décors des années 1920.  
 
Marqueteurs, ébénistes, tapissiers, bronziers, ou encore verriers sont mobilisés, aux côtés d’une dizaine d’entreprises labellisées Entreprise du Patrimoine Vivant. L’enjeu n’est pas de réaliser une reconstitution à l’identique, mais de retrouver l’esprit des grandes années de l’Orient-Express, tout en répondant aux exigences du rail contemporain. Plus qu’une restauration, ce chantier hors norme a permis de faire revivre tout un écosystème de savoir-faire français et européens hérités des arts décoratifs des Années folles.

@Belmond / Orient Express-Accor 

Des trains, des hôtels, mais un seul et même esprit du voyage

Si le train demeure le cœur du projet, cette renaissance ne se limite pas aux rails : la marque Orient Express compose progressivement un univers où se répondent patrimoine ferroviaire, architecture et savoir-faire maritimes. Une même vision du voyage qui s’incarne dans des lieux chargés d’histoire, réinventés pour notre époque. 
 
Cette philosophie prend forme dans les premiers hôtels Orient Express. Après l’ouverture de La Minerva, à Rome, dans un palais du XVIIe siècle à deux pas du Panthéon, la marque s’est également installée à Venise, au Palazzo Donà Giovannelli. Réhabilité après huit années de travaux, ce palais du XVe siècle situé dans le quartier de Cannaregio accueille désormais 47 chambres et suites. Dans les deux cas, l’accent est mis sur le renouveau de bâtiments historiques et la transmission d’un patrimoine architectural exceptionnel. Plus que des hôtels, ces adresses perpétuent le mythe, entre mémoire des lieux, arts décoratifs et art de recevoir. 
 
Parallèlement, l’univers Orient Express s’ouvre aussi au rail italien avec La Dolce Vita Orient Express. Lancé en 2024, ce train revisite l’idée du voyage ferroviaire à travers des itinéraires inspirés des grandes régions d’Italie. Au départ de Rome, de Venise ou de Palerme, il propose des parcours de deux à cinq jours reliant la Toscane, la Sicile, les Pouilles ou encore le nord du pays. À bord, l’expérience privilégie les paysages, les escales et le rythme du voyage, dans une approche du temps long fidèle à l’esprit de la marque.

@Patrick Locqueneux / La Dolce Vita Orient Express-Accor 

Cap sur la mer

Le Corinthian s’ancre également dans cette nouvelle ère du voyage selon Orient Express. Construit à Saint-Nazaire par les exceptionnels Chantiers de l’Atlantique, ce voilier de 220 mètres compte 54 suites. Son architecture intérieure, également imaginée par Maxime D’Angeac, puise ses références dans le bateau transatlantique Normandie et l’esthétique Art déco qui fit la renommée des wagons historiques. Boiseries nobles, laques, velours et jeux de lumière composent un décor où les métiers d’art dialoguent avec les technologies contemporaines. À travers ce navire qui s’inscrit dans la lignée des grands paquebots du XXe siècle, ce sont aussi des compétences industrielles françaises qui s’expriment. 
 
Inspiré par l’âge d’or des croisièresl’Orient Express Corinthian privilégie les grandes traversées et les escales emblématiques aux itinéraires effrénés. Véritable prouesse technologique, ce géant des mers est le plus grand voilier du monde. Ses trois mâts inclinables de plus de cent mètres de haut portent chacun des gréements totalisant 4 500 mètres carrés de surface permettant, lorsque les conditions sont rassemblées, d’assurer l’essentiel de sa propulsion. Capable d’atteindre la vitesse de 12 nœuds par 20 nœuds de vent, le navire de 15 000 tonnes réunit l’excellence des ingénieurs des Chantiers de l’Atlantique et le travail d’orfèvre des artisans d’art français. Une alliance remarquable entre innovation et savoir-faire. 
 
Mis à l’eau au printemps 2026 à Saint-Nazaire, le Corinthian entame sa première saison de navigation à partir de l’été 2026. Ses croisières dessinent un itinéraire entre Méditerranée et Adriatique, avant une seconde phase de voyages vers l’Atlantique et les Caraïbes à l’automne. Pensé pour réaliser une succession de traversées plutôt que des trajets, il inaugure une nouvelle manière d’“habiter la mer”. 
 
Derrière tous ces projets, une même ambition : celle de faire (re)vivre des monuments habités, où patrimoine, artisanat et hospitalité se rejoignent. Car la richesse de la marque Orient Express réside peut-être moins dans l’idée du luxe que dans sa capacité à faire dialoguer l’histoire avec le présent, et à transmettre des savoir-faire qui, des arts décoratifs aux chantiers navals, continuent d’incarner une certaine culture du voyage.

@Le Corinthian Orient Express-Accor

 

Photographie de couverture : @Karolina Valeikaite 

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