Italie

Quand Rome se refait une beauté : 7 nouvelles pépites hôtelières

Quand Rome se refait une beauté : 7 nouvelles pépites hôtelières

Le problème, lorsque l’on est éternelle, c’est que l’offre d’hôtellerie peut au fil du temps se teinter de monotonie, et tout simplement vieillir. Mais la citta n’a pas dit son dernier mot. Sept nouveaux hôtels de charme viennent souffler un air neuf sur la capitale de la foi (du latin Caput fidei). Des adresses centrales, intemporelles et élégantes, toutes indiquées pour remettre Rome sur la bonne voie.

 

  1. Six Senses Rome
  2. Palazzo Ripetta
  3. Bulgari Hotel Roma
  4. The Rome Edition
  5. Palazzo delle Pietre
  6. Casa Monti
  7. Romeo Roma

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Six Senses Rome

Jusqu’alors, le groupe hôtelier Six Senses s’était davantage illustré sur la partie orientale du globe. Il investit désormais progressivement et efficacement le Vieux Continent. Fidèle à ses préceptes, la marque s’introduit à Rome via une bâtisse de caractère et d’histoire et – rareté dans le monde de l’hôtellerie – sublime son environnement au passage. L’église San Marcello voisine n’est plus que l’ombre d’elle-même ? Qu’à cela ne tienne, Six Senses la restaure complètement. Le bâtiment qui héberge l’hôtel en lui-même, le Palazzo Salviati Cesi Mellini, a reçu tour à tour familles nobles, cardinal et banquiers. De ces différentes fonctions, il a conservé un escalier monumental en marbre que viennent égayer des sculptures d’époque, comme un écho aux colonnes qui marquent l’entrée. Quant aux fonts baptismaux de la fin de l’Empire romain mis au jour lors de la restauration, ils peuvent également être aperçus. Marbre, travertin et cocciopesto innervent les étages dans la plus pure tradition italienne (ou est-ce romaine ?).

Dans les chambres, on pousse le vice jusqu’à appliquer la mosaïque selon la technique opus incertum (une jolie expression pour dire “au hasard”). La salle du restaurant, parsemée d’une végétation qui dessine des espaces intimes, est idéale pour s’attabler après avoir inspecté les différents stands installés façon mercato italien. Le soir, on privilégie Notos, le toit-terrasse végétalisé aux dimensions molto largo (on entend par là 800 mètres carrés). Enfin, comme dans toutes les réalisations Six Senses, l’espace-roi demeure le spa, ici inspiré des bains romains. Déployé sur deux niveaux, il réunit les traditionnels caldarium, tepidarium et frigidarium, le tout dans une ambiance feutrée. N’est pas empire du bien-être qui veut.

Hôtel Six Senses à Rome

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Palazzo Ripetta

Bien que romain, Luigi Moretti est davantage connu pour ses projets internationaux, à l’image du Watergate à Washington DC. Pourtant, l’architecte a bien laissé son empreinte dans sa ville natale. Prenez le Palazzo Ripetta, à quelques pas de la place d’Espagne, par exemple. Comme tous les palais de la cité, l’édifice a un CV chargé : école catholique pour jeunes filles au XVIIe siècle, couvent, résidence privée et, depuis quelques décennies, hôtel – c’est d’ailleurs la même famille qui gère l’établissement depuis que Moretti s’est penché dessus dans les années 1960.

Loin de vieillir avec ses propriétaires, l’hôtel s’est récemment accordé un petit coup de neuf. Une fois n’est pas coutume, commençons par la table, qui traduit bien l’esprit de l’évolution à l’œuvre ici : les classiques y sont réinventés sans être dénaturés. Même rengaine dans les espaces, communs et les particuliers. Dans le hall, une imposante sphère dorée d’Arnaldo Pomodoro accueille les visiteurs tandis qu’un sarcophage romain du IIIe siècle se dissimule quelque part. Tout cela a des airs de galerie ; hauts plafonds et voûtes participent au sentiment. Le verre de Murano mérite son propre espace d’exposition, qu’il trouve dans les chambres. À toute heure, on rejoint le patio ombragé pour une autre tranche d’art local, celle de la dolce vita italienne : un verre dans une main, une spécialité à grignoter dans l’autre, le bruit d’une fontaine en toile de fond.

Chambre d'hôtel du Palazzo Ripetta

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Bulgari Hotel Roma

Tous les architectes vous le diront : rien de tel que de réimaginer un ouvrage historique. En l’occurrence, l’ancien quartier général de la sécurité sociale italienne, sorti de terre dans les années 1930. Voilà, de prime abord, un choix bien insolite pour un hôtel de la maison Bulgari. Mais pas tant que cela quand on sait que le site est planté à quelques pas de la boutique historique de la marque, via Condotti. Vous l’aurez compris, l’enjeu – celui d’un retour aux sources – est de taille. Et comme si ce symbole ne suffisait pas, il fallait que le bâtiment se dresse en sus face au mausolée d’Auguste. Une impressionnante statue de l’empereur, issue de la collection Torlonia, garde d’ailleurs l’entrée. Une nécessité pour décourager les curieux car le site rivalise sérieusement avec les incontournables de la cité : dans la piscine intérieure ornée de mosaïque Bisazza, six robustes colonnes plongent, comme un écho aux thermes de Caracalla ; le rooftop aux airs de jardin méditerranéen rappelle celui de la Villa d’Hadrien. Les chambres, elles aussi, multiplient les clins d’œil à l’âge d’or du pays tout en se drapant dans des tons de pierres précieuses – jaune topaze, vert péridot. Partout, du marbre veiné de couleurs vibrantes en provenance du monde entier (ou de l’Empire). L’air de rien, tout a été savamment pensé. Le luxe ne l’est vraiment que lorsqu’il est discret.

Bulgari Hôtel à Rome

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The Rome Edition

Klaxons, tintement de couverts et éclats de voix : la Via Veneto gronde de vie. Dans la Dolce Vita de Federico Fellini, les protagonistes – des mondains – passent de longues heures à refaire le monde sur ses terrasses animées. Difficile d’imaginer qu’une charmante rue résidentielle dissimule une oasis de végétation et de calme à quelques pas. C’est à l’entrepreneur américain Ian Schrager, associé au groupe MARRIOTT, que l’on doit ce nouveau membre de la chaîne EDITION.

Dès l’arrivée, les hôtes fendent un opulent jardin (400 plantes, tout de même) pour accéder au lobby. Un parfum entêtant de jasmin flotte dans l’air. Dans le hall, les plafonds culminent à sept mètres de hauteur, un exploit souligné par d’épais rideaux verts longilignes. Il n’y a guère que les anciennes banques qui font cadeau aux hôtels de tels volumes ; celle-ci date des années 1940. Deux bars feutrés complètent cette atmosphère confidentielle : le Jade Bar, tout en velours et nuances d’émeraude, et la Punch Room, cheminée en marbre et cocktails sulfureux. Dans les chambres, la palette s’est débarrassée de ses notes vertes pour se consacrer au neutre : bois clair, dégradé de crème… et, comme toujours dans les adresses de la marque, un plaid en fausse fourrure jeté sur le lit d’une manière faussement négligée – un hommage à la grand-mère de Schrager qui jurait que ce détail n’avait pas son pareil pour teinter le séjour d’un sentiment de “chez-soi”.

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Palazzo delle Pietre

À quelques pas de la Piazza Navona, voici une autre adresse sous forme de frise chronologique. Sous l’édifice somnolent, les ruines de thermes romains construits par Néron. Les fondations actuelles, toutefois, apparaissent médiévales ; du XVe siècle pour être exact. Il faudra attendre encore quelques siècles pour que Carlo Mazzi, ancien président de Prada, et son épouse avocate s’emparent du monument. Inaugurés en 2019, les intérieurs sont à leur image : solaires, avec une appétence pour tout ce qui est historique et artistique. Bien sûr avec de la pierre, du marbre surtout (on ne se nomme pas le “Palais de la pierre” sans raison). D’anciens artefacts issus de la collection privée du couple égaient les espaces, tel ce chapiteau corinthien reconverti en table basse. Ces objets se conjuguent avec des pièces des meilleurs designers de notre temps : De Padova, Alivar, Danes. Des draps (de la ligne de couture Rivolta Carmignani) à la vaisselle (de la porcelaine Ginori), rien n’a été laissé au hasard.

Récemment, ce petit monde enchanteur s’est encore agrandi avec l’adjonction de deux appartements lovés dans les derniers étages du bâtiment voisin. On y retrouve la même patte, le même caractère, la cuisine et l’espace en plus. L’un est prolongé par un toit-terrasse et orné d’un sauna privé.

Palazzo delle Pietre Rome

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Casa Monti

Le cadre est indissociable de l’adresse : blotti entre le Colisée et la gare centrale, chatouillant la zone de Trevi, Monti se pose en nouveau quartier branché de Rome. Vibrant, bohème, artisanal : il est tout cela à la fois. Accrochés au fil des rues en pente, ateliers d’artisans et galeries d’art se bousculent. Derrière sa façade XVIIIe, la Casa Monti s’inscrit dans cette droite lignée d’émulsion artistique. Pour ce dernier-né de la famille Leitmotiv (qui comprend notamment la décalée Fantaisie à Paris), la designeuse Laura Gonzalez est aux commandes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la poésie locale a servi d’inspiration à la Française qui a imaginé cette maison comme une “demeure d’artistes”.

Exit les conventions : comme toujours avec Gonzalez, c’est un mix & match profondément chic qui caractérise le décor. L’entrée donne le ton avec une ribambelle de fresques sous forme de dessins et peintures signés d’artistes italiens. Dans les étages, on s’amuse à déceler les différents oiseaux et pins parasols qui parsèment les espaces, indissociables de Rome pour la designeuse. On est forcé de lui donner raison en atteignant le rooftop qui ouvre effectivement sur une pinède. Il ne s’agit toutefois pas du seul endroit où profiter d’une vue plongeante sur le centre-ville : le spa aux fresques antiques, lui aussi, s’ouvre sur les toits de la capitale. Il ne manquait plus que le patio, idéal pour un petit déjeuner bucolique.

Casa Monti Rome

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Romeo Roma

À quelques pas de la Piazza del Popolo, ce palais du XVIe siècle hébergeait autrefois la noble famille Serroberti-Capponi. Cinq siècles plus tard, il accueille l’une des dernières créations de feue l’architecte-star Zaha Hadid. Avec pour objectif affiché de conjuguer collection d’art, design contemporain et architecture époustouflante, il est peu surprenant que le groupe ROMEO COLLECTION ait fait appel à l’Irako-Britannique, qui a su donner un souffle futuriste au lieu sans amoindrir son charme originel. L’artiste n’est toutefois pas la seule virtuose internationale à l’œuvre ici : par-delà le bistrot méditerranéen, l’hôtel se voit doté d’un restaurant gastronomique.

Institué sous la houlette du chef multi-étoilé Alain Ducasse, c’est son protégé, le talentueux Stéphane Petit, qui veillera au bon déroulement des opérations sur place. Autre recoin délicieux de l’établissement : le spa qui s’associe au groupe Sisley Paris pour créer, sur 1200 mètres carrés, une bulle de bien-être jalonnée de divers bassins. Et parce que, malgré toutes ces innovations, Rome reste Rome, les essentiels sont bel et bien présents : quelques fresques restaurées dans les plus belles suites, une vaste cour en plein air pour lézarder et un rooftop armé d’un bar pour un Spritz pas comme les autres, avec vue sur les toits de la ville éternelle.
 

À n’en pas douter, la petite révolution qui secoue la scène hôtelière romaine est en marche. Et l’on peut d’ores et déjà suivre le développement du futur hôtel de prestige signé Orient-Express au cœur de l’iconique Palazzo Fonseca, à quelques pas du Panthéon.

 

Par

MARION LE DORTZ

 

Photographie de couverture : Droits réservés