Publié 16 avr. 2026
Écrit par MARION OSMONT
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Une étendue enneigée figée dans la Finlande hivernale, des chiens de traîneaux et des aurores boréales : voilà pour le cliché. En réalité, la Laponie s’étend sur quatre pays, du nord de la Norvège à la péninsule de Kola en Russie, en passant par les terres arctiques de Suède et de Finlande, et connaît quatre saisons. Ce territoire sans frontières correspond à la zone d’implantation historique des Samis, et couvre près de 400 000 kilomètres carrés de forêts, de montagnes et de marécages. Une diversité qui invite à envisager la région dans sa globalité.
À l’extrême nord de l’Europe, dans le Finnmark, Karasjok s’affirme comme l’un des principaux centres de la culture sami, point d’ancrage politique, culturel et symbolique. C’est la capitale officieuse du Sápmi – terme que les Samis préfèrent à celui de Laponie, imposé de l’extérieur, et aujourd’hui contesté. La ville abrite le parlement sami de Norvège, le Sámediggi, installé depuis 1989. Son architecture, inspirée des formes traditionnelles, évoque la tente lavvu, inscrivant l’institution dans une continuité culturelle. Karasjok concentre également plusieurs structures essentielles : musées, centres culturels, médias samis. Le quotidien y reste profondément lié aux traditions, et la langue sami est largement utilisée et enseignée à l’école. L’élevage de rennes structure encore la vie de nombreux habitants, et il n’est pas rare de croiser des troupeaux aux abords de la ville. Pour le voyageur, Karasjok constitue une porte d’entrée directe sur la culture sami contemporaine – moins spectaculaire que d’autres paysages du nord, mais incontournable pour comprendre ce territoire.
À quelques kilomètres de la ville, on s’installe chez Sven, dans un des huit chalets en bois qu’il a construits de ses mains, au bord de la rivière Karasjohka. Forêts écrasées de neige, soleil rouge à l’horizon, froid polaire. La taïga boréale s’étend à perte de vue, avec ses pins et sa végétation dense. L’architecture puise dans les matériaux des forêts environnantes : murs en rondins de pin, toits en tourbe et tables massives en bois brut. Les lits superposés, le poêle à bois, les peaux de bêtes : on adore l’esprit cabane ! L’expérience culmine avec les chiens de traîneaux : Sven, musher expérimenté, partage sa passion avec générosité. Vainqueur à onze reprises de la Finnmarksløpet, la plus longue course de chiens de traîneaux d’Europe, et classé plusieurs fois dans l’Iditarod Trail Sled Dog Race en Alaska, il initie les visiteurs à la conduite des huskies et aux rudiments du mushing. Ensuite, on partage un dîner autour d’une table commune, un ragoût de viande de renne, des baies séchées, acidulées. La journée se termine dans un bain chauffé au feu de bois, face à la rivière et aux forêts immenses. Corps immergé dans une eau très chaude, air sec, froid tout autour : un moment parfait.

@Dietmar_Denger_LAIF_REA
À l’extrême nord-ouest de la Finlande, le village de Kilpisjärvi se situe à la lisière de la Norvège et de la Suède. Ici, la Finlande se fait plus montagneuse au contact des Alpes scandinaves : vallées ouvertes, reliefs minéraux et lacs profonds composent un environnement à la fois austère et spectaculaire. On skie jusqu’au mois de mai sur des pentes immenses, avec en toile de fond les plus hauts sommets du pays. La neige capte la première lumière du soleil, qui allonge les jours et étire les ombres sur les versants, transformant le paysage en une succession de lignes et de volumes épurés. Les conditions sont idéales : une neige encore dense, une lumière rasante et des étendues ouvertes. Quand l’été arrive, en juin, la glace se retire des lacs et les fleurs alpines éclosent sur les pentes – une floraison brève mais intense, comme surgie d’un seul coup, aux touches jaune vif ou violacées, sur les pentes rocailleuses. Le soleil ne se couche plus, et dans la lumière permanente, on a le sentiment de pouvoir observer l’herbe pousser à l’œil nu. La nature se décline en tons de lichen, de brun et de vert, vifs et éclatants. Partout jaillissent des ruisseaux, des rivières, des lacs : l’eau, omniprésente, rythme le paysage et souligne sa minéralité. Les sentiers s’ouvrent sur des reliefs escarpés, et on s’équipe de chaussures de randonnée, VTT et canoës, pour explorer chaque vallon, gravir les crêtes et longer les lacs cristallins.

@ RolfAasa/Getty Images
Au-delà du cercle arctique, la Suède se découvre à pied. En été, le soleil de minuit offre de longues journées propices à la marche. Depuis Abisko, village posé au bord du lac Torneträsk et porte d’entrée du parc national du même nom, le sentier mène jusqu’à Trollsjön, l’un des lacs de montagne les plus limpides du pays, autrement appelé Rissájávri – “le lac qui scintille comme le feu”, en langue sami. Les montagnes des alentours conservent les derniers lambeaux de neige, vestiges de l’hiver long, qui contrastent avec le vert frais des vallées. Le chemin s’élève d’abord à travers une forêt de bouleaux aux troncs argentés, puis s’ouvre soudain sur la vallée de Kärkevagge, littéralement “la vallée des pierres”. Façonnée par les anciens glaciers, elle déploie un chaos minéral de blocs polis, étiré entre des pentes douces. Plus haut, les prairies alpines, traversées de ruisseaux clairs, se constellent de myosotis, de saxifrages et de renoncules. Éclats de violet, de rose et de jaune, posés comme autant de touches vives sur le vert des pentes. Le sentier débouche enfin sur les eaux limpides de Trollsjön, à 815 mètres d’altitude, miroir froid des sommets environnants, si transparentes qu’on distingue le fond, quarante mètres sous la surface.
À la fin de l’été, la forêt s’embrase de fauve et de roux sous la lumière dorée ; la marche se prolonge dans la cueillette. Ici, collecter ne relève ni d’une mode “green”, ni d’un simple loisir. Le droit d’accès à la nature – Freedom to roam – autorise la collecte, mais impose de connaître les espèces, de respecter les milieux et de comprendre les cycles. Avec Eva, on quitte les sentiers pour s’avancer dans les lisières et les clairières basses. Il s’agit d’observer, d’identifier, de prélever enfin, avec parcimonie : myrtilles sombres, airelles rouges, canneberges, fraises des bois. Dans les tourbières, la mûre arctique, rare, mêle douceur et acidité. Les récoltes se dégustent fraîches ou se conservent en bocaux – en hiver, les airelles accompagnent gibier, viande ou poisson. La cueillette engage le regard autant que le geste. Plantes comestibles et médicinales (oseille sauvage, ail des bois, ortie, pissenlit, mouron des oiseaux…) et champignons (girolles, chanterelles, cèpes, discrets sous la mousse) nous réapprennent à lire le sauvage.

@Tsuguliev/Adobe Stock
Au-delà du cercle polaire, les Samis incarnent le dernier peuple autochtone d’Europe. Ils sont aujourd’hui environ 80 000, répartis entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie, à vivre sur ce territoire boréal transnational qu’ils nomment Sápmi, bien antérieur aux frontières actuelles.
Leur mode de vie repose en partie sur l’élevage semi-nomade du renne, encore pratiqué par certaines communautés. Cette activité rythme les déplacements saisonniers : l’été, les troupeaux sont conduits à travers montagnes, forêts et plateaux, selon des itinéraires millénaires. Cette transhumance, autrefois répandue dans tout l’hémisphère Nord, subsiste ici comme un héritage vivant, témoin des premières formes d’organisation des sociétés nord-européennes. Mais tous les Samis ne sont pas éleveurs : beaucoup vivent aujourd’hui en ville ou exercent des métiers variés, tout en conservant un lien culturel et symbolique avec leur territoire.
Longtemps désignés par des termes extérieurs – Lapons, Laponie – aujourd’hui contestés pour leur origine et leur connotation, les Samis revendiquent leur nom, leur langue et leur culture. Depuis la fin du XXe siècle, leur reconnaissance s’est renforcée : statut de peuple autochtone, adoption d’un drapeau commun en 1986, et création de parlements samis en Norvège (1989), en Suède (1993) et en Finlande (1996).
Leur enjeu central est la préservation d’un mode de vie étroitement lié à la nature, dans un environnement soumis à des pressions croissantes. L’exploitation des ressources pèse particulièrement sur Sápmi : mines de métaux et de terres rares, forêts exploitées pour le bois et la pâte à papier, barrages hydroélectriques, extraction de pétrole et de gaz dans certaines régions. Ces activités fragmentent les pâturages traditionnels des rennes, menaçant à la fois l’écosystème et les pratiques culturelles.
Photo de couverture @Stefan_Volk_LAIF_REA
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